Le système démocratique est construit sur la confrontation des idées. Les chefs d'État doivent écouter et laisser s'exprimer les différents courants du spectre politique pour s'assurer que le débat d'idée reste vigoureux. Les gouvernements canadien et britannique ont pourtant fait fi de cet élément fondamental. À plusieurs reprises au cours des derniers mois, les autorités de ces deux démocraties parlementaires ont ouvertement exercé la censure en refusant à d'imminents individus le droit de venir s'exprimer sur leur sol.
George Galloway, politicien britannique de gauche, participait à un périple en Amérique du Nord pour mobiliser l’opinion publique contre le blocus imposé à la bande de Gaza quand il s’est fait refuser l'entrée au Canada. L'agence des services frontaliers du Canada a fait savoir à M. Galloway, dans une lettre datée du 20 mars, qu'on lui refusait l'entrée au pays. L'unique député du parti politique Respect est accusé par le gouvernement canadien d'être lié à des activités terroristes. Ces accusations sont portées en raison de son implication dans une récente mission d'aide humanitaire à Gaza.

Bien que Jason Kennedy, le ministre de l'Immigration du Canada, mentionne que cette interdiction est liée à ces actions et non à ses paroles, cette décision demeure un grave cas de censure. Le fait qu'il a encouragé le Hamas, groupe reconnu comme terroriste par les autorités canadiennes, ne justifie pas l'interdiction de séjour. Le parti conservateur du Canada s'affiche ouvertement comme défenseur des intérêts d'Israël, cette décision semble bien plus avoir été prise dans l'idée de limiter la critique en vers l'État hébreu. Le danger évoqué par le ministre de l'Immigration ne fait aucun sens, car la visite de Galloway s'effectue uniquement dans le contexte d'une série de conférences.
George Galloway ne peut toutefois pas se proclamer champion de la liberté d'expression. Dans le passé, il a demandé à ce que des politiciens étrangers soient interdits de séjour sur le sol britannique. Il s’est prononcé, notamment, pour interdire la visite de Jean-Marie Le Pen, chef du Front national français.
Au Royaume-Uni, la censure la plus spectaculaire est probablement l'interdiction d'entrée de Geert Wilder, chef du Parti de la liberté (PVV) aux Pays-Bas. Le politicien controversé avait prévu d'assister à la projection de son film controversé sur l’islam, Fitna, à la Chambre des lords, suivie d'un débat. Wilder a été arrêté par les autorités britanniques à son arrivée à l'aéroport londonien de Heathrow le 12 février. Les services de l'immigration l'ont empêché d'entrer sur le territoire britannique en raison de ses propos sur l'islam et les musulmans.

Ce geste a été effectué pour apaiser la branche fondamentaliste musulmane, très active politiquement au Royaume-Uni. Certains groupes musulmans avaient même menacé de bloquer le Parlement si Wilder y présentait son film. Il y a un grave problème à plier devant la demande de censure de groupuscule fondamentaliste, car l'acte d'apaisement laisse un précédent. Même si certains éléments de la société sont antidémocratiques, il est du devoir des dirigeants politiques de préserver le droit à la libre expression. Geert Wilder n'a jamais commis de violence, ni même d'incitation à la violence. Ces propos sont peut-être controversés et impopulaires parmi une frange de la population, mais d'interdire le sol à cet homme donne une crédibilité à des groupes extrémistes.
Le débat politique ne peut pas être restreint selon les volontés des hommes politiques. Au contraire, pour assurer le dynamisme du débat ils doivent faire face à la critique et à l'opinion d'autrui.