samedi 18 avril 2009

La réputation de la sainteté


La critique de la sainte Église catholique a été vive dans les derniers mois. Le pape Benoit XVI, à l'origine de plusieurs déclarations controversées, a créé une certaine division au sein de la grande fraternité catholique. Son ultraconservatisme a, entre autres, provoqué un nombre record de demandes d'apostasie au Québec. Les déclarations du souverain pontife ne sont pourtant pas des nouveautés. Mère Theresa, celle que l'on considère encore aujourd'hui comme une sainte, tenait un discours beaucoup plus archaïque et dévastateur.


En 1995, Christopher Hitchens publia un livre très controversé critiquant les propos et les actes de la sainte dame. Hitchens dénonçait les hommages que la sœur avait rendus à certains dictateurs, l'appui qu'elle a donné a l'un des plus grands fraudeurs de l'Histoire et les fonds dédiés à l'aide humanitaire détournés pour ouvrir des couvents de par le monde. Mère Theresa a déclaré publiquement qu'elle condamnait fermement l’usage de contraceptifs, mais elle a aussi proclamé qu’elle n’accepterait jamais de confier un enfant à un parent adoptif ayant auparavant consenti à un avortement.


Sur le sujet, voir les archives du Monde diplomatique;

Mère Theresa, une sainteté médiatique


« Alors que la plupart des personnalités publiques voient leur réputation jugée à la lumière de leurs actes, Mère Teresa, elle, voit ses actions évaluées à l’aune de sa réputation. »

- Christopher Hitchens


La réputation de Benoit XVI est bien moins solide. Associé aux jeunesses hitlériennes et à la vieille branche conservatrice de l'Église, le pape a bien peu de matière sous ses pieds pour assurer un pontificat efficace.



vendredi 17 avril 2009

Censure à la sauce Commonwealth


Le système démocratique est construit sur la confrontation des idées. Les chefs d'État doivent écouter et laisser s'exprimer les différents courants du spectre politique pour s'assurer que le débat d'idée reste vigoureux. Les gouvernements canadien et britannique ont pourtant fait fi de cet élément fondamental. À plusieurs reprises au cours des derniers mois, les autorités de ces deux démocraties parlementaires ont ouvertement exercé la censure en refusant à d'imminents individus le droit de venir s'exprimer sur leur sol.


George Galloway, politicien britannique de gauche, participait à un périple en Amérique du Nord pour mobiliser l’opinion publique contre le blocus imposé à la bande de Gaza quand il s’est fait refuser l'entrée au Canada. L'agence des services frontaliers du Canada a fait savoir à M. Galloway, dans une lettre datée du 20 mars, qu'on lui refusait l'entrée au pays. L'unique député du parti politique Respect est accusé par le gouvernement canadien d'être lié à des activités terroristes. Ces accusations sont portées en raison de son implication dans une récente mission d'aide humanitaire à Gaza.


Bien que Jason Kennedy, le ministre de l'Immigration du Canada, mentionne que cette interdiction est liée à ces actions et non à ses paroles, cette décision demeure un grave cas de censure. Le fait qu'il a encouragé le Hamas, groupe reconnu comme terroriste par les autorités canadiennes, ne justifie pas l'interdiction de séjour. Le parti conservateur du Canada s'affiche ouvertement comme défenseur des intérêts d'Israël, cette décision semble bien plus avoir été prise dans l'idée de limiter la critique en vers l'État hébreu. Le danger évoqué par le ministre de l'Immigration ne fait aucun sens, car la visite de Galloway s'effectue uniquement dans le contexte d'une série de conférences.


George Galloway ne peut toutefois pas se proclamer champion de la liberté d'expression. Dans le passé, il a demandé à ce que des politiciens étrangers soient interdits de séjour sur le sol britannique. Il s’est prononcé, notamment, pour interdire la visite de Jean-Marie Le Pen, chef du Front national français.


Au Royaume-Uni, la censure la plus spectaculaire est probablement l'interdiction d'entrée de Geert Wilder, chef du Parti de la liberté (PVV) aux Pays-Bas. Le politicien controversé avait prévu d'assister à la projection de son film controversé sur l’islam, Fitna, à la Chambre des lords, suivie d'un débat. Wilder a été arrêté par les autorités britanniques à son arrivée à l'aéroport londonien de Heathrow le 12 février. Les services de l'immigration l'ont empêché d'entrer sur le territoire britannique en raison de ses propos sur l'islam et les musulmans.


Ce geste a été effectué pour apaiser la branche fondamentaliste musulmane, très active politiquement au Royaume-Uni. Certains groupes musulmans avaient même menacé de bloquer le Parlement si Wilder y présentait son film. Il y a un grave problème à plier devant la demande de censure de groupuscule fondamentaliste, car l'acte d'apaisement laisse un précédent. Même si certains éléments de la société sont antidémocratiques, il est du devoir des dirigeants politiques de préserver le droit à la libre expression. Geert Wilder n'a jamais commis de violence, ni même d'incitation à la violence. Ces propos sont peut-être controversés et impopulaires parmi une frange de la population, mais d'interdire le sol à cet homme donne une crédibilité à des groupes extrémistes.


Le débat politique ne peut pas être restreint selon les volontés des hommes politiques. Au contraire, pour assurer le dynamisme du débat ils doivent faire face à la critique et à l'opinion d'autrui.


jeudi 16 avril 2009

Rushdie et Slumdog Millionaire


Ce cher rêve américain! N'aie pas peur de la vie, tu peux tout accomplir. Dans la misère la plus crasse, n'aie crainte, car tu peux tout accomplir si tu le souhaites vraiment. Modèle type du scénario Hollywoodien de Rambo jusqu'à Princesse Bouton d'Or.

Slumdog millionaire ne serait-il qu'une simple application du rêve américain? Salman Rusdie, auteur des Versets sataniques, le pense. Selon lui, « ce film empile invraisemblance sur invraisemblance ». Loin de la réalité indienne, l'opus aux 8 oscars ne serait qu'une transposition classique du rêve américain sur une réalité qui lui est bien différente.


Sur le sujet, voir ces deux excellents articles;

Slumdog, le chien galeux millionaire antidote à Madoff

Salman Rushdie tacle Slumdog millionaire


Les critiques de Rusdie sont constructives, mais est-ce seulement le contenant qu'il faut analyser dans le cas de Slumdog millionaire? Je ne le crois pas. Ce film propose une vision idéaliste de l'Inde digne des romans de gare, mais le contenant reste un chef-d'œuvre pour les yeux et l'oreille.


Un capitalisme en mutation


Les faiblesses du capitalisme révélées par la crise économique mondiale ont fait de la critique du néolibéralisme un sujet à la mode. La critique a pris une telle ampleur que certains prophétisent l’effondrement du système. Pourtant, certains facteurs laissent croire que nous sommes peut-être à l’aube d’une nouvelle révolution technologique et économique. Loin de s’effondrer, le capitalisme est peut-être tout simplement en mutation.

Les économistes et les analystes tentent de faire des prévisions de croissance sur des décennies entières, alors que le monde du commerce change à une vitesse fulgurante. On assiste au début de la fin des journaux papier, le cybercommerce continue sa croissance malgré la crise et le téléchargement de musique et de vidéos à faible coût continue de gagner en popularité. Les analyses sont pessimistes, car elles ne tiennent pas compte des avancées technologiques à venir. Il ne faut pas tomber dans l’idéalisation d’un futur rapproché, mais certaines avancées risquent d’avoir des répercussions majeures. On peut penser au laser du NIF (National Ignition Facility) en Californie, qui débutera ses premiers essais de fusion nucléaire l’année prochaine. Plusieurs chercheurs estiment que la fusion nucléaire (en opposition avec la fission atomique) pourra produire un jour une forme d’énergie inépuisable et sécurisée.

L’exploitation de la fusion nucléaire n’est peut-être pas pour demain, mais avec la mondialisation et la multiplication des multinationales, les technologies se répandent à un rythme accéléré et deviennent de plus en plus accessibles. L’intégration vers le domaine civil de technologies jusqu’alors réservées aux grandes agences nationales comme la NASA s’accélère. Des pas de géant risquent d’être franchis rapidement. Par exemple, le tourisme spatial, accessible uniquement à un petit groupe de multimillionnaires, est en voie de devenir «abordable». Richard Branson, l’excentrique PDG de Virgin, projette d’envoyer des touristes dans l’espace pour 200 000 $ d’ici 2011 par le biais de sa fillière Virgin Galactic. Bien que cette somme reste considérable, elle représente un coût 100 fois moindre que celui demandé par la NASA.

Les nouvelles technologies et l’accumulation de richesses contribueront à renforcer le système actuel, car l’augmentation du niveau de vie des nations où le capitalisme est bien enraciné est constant. Avec 120 G$ de plus cette année dans les budgets de recherche, la nouvelle administration Obama a compris que l’avenir passe par un renouveau technologique. Jamais l’administration américaine n’a autant investi en sciences et technologies qu’en 2009. Une conscience de la réglementation, notamment dans les domaines financier et environnemental, s’installe parallèlement à un désir de prendre l’avenir économique en main.

Une grande partie du monde ne profite pourtant pas des nouvelles richesses. On voit apparaître les cellulaires et les ordinateurs portables dans les pays les plus pauvres du monde, mais la majorité de ces populations continue d’être privée d’une qualité de vie décente. Même dans les sociétés riches, la pauvreté persiste. Ces problématiques sont réelles et il est légitime de les dénoncer, mais cela ne constitue pas des éléments de déstabilisation du capitalisme suffisamment forts pour causer sa perte. Les populations privées des merveilles de la modernité ne disposent pas de leviers suffisants pour influencer les grandes puissances.

Le système change et continuera à changer, poussé par l’explosion des technologies. Il est de la responsabilité des gouvernements de faire en sorte que cela se produise humainement. Le système financier a été ébranlé, un nouveau choc pétrolier est à prévoir et les pénuries alimentaires persistent. Pourtant, rien ne laisse présager un effondrement de la propriété privée.

Provient de ma chronique hebdomadaire dans Impact Campus

Impact Campus, Chronique Économique (29-04-14)